Ce qui distingue Samy de la plupart de ses confrères guitariste, ce sont tout d’abord ses éminentes qualités d’accompagnateur. Un art difficile, dont il a patiemment acquis la maîtrise en faisant ses armes auprès des plus grandes figures du style manouche (successivement : Moreno, Patrick Saussois, Raphaël Faÿs, Babik Reinhardt et, plus récemment, Tchavolo Schmitt). « Pour peu que tu étudies un peu l’instrument, chaque guitariste que tu accompagnes t’apprend des ficelles », précise-t-il. Surtout dans une musique où « on ne peut pas comprendre le rôle de la guitare soliste si l’on n’a pas bien saisi de l’intérieur le travail de la section rythmique ». C’est donc après avoir fait minutieusement le tour de la question que Samy a consenti à prendre son envol, posant les premiers jalons au sein d’un trio formé avec David et Noé Reinhardt, avant de publier en 2009 un premier album sous nom (La Petite Famille). Cinq ans plus tard, la solidité de ce parcours amorcé dès le plus jeune âge confère à l’artiste un aplomb, une sûreté de goût, une virtuosité et une qualité naturelle de l’expression que beaucoup lui envient. 

 

 

 

T                                          TCHAVOLO   SCHMITT

 

 

 

  Peu d’artistes ont le privilège d’entrer « tout vivants » dans leur légende. Figure emblématique du swing manouche, Tchavolo est de ceux-là. Fantasque, imprévisible, à fleur de peau… sa vie se déroule selon une poésie qui lui est propre. Si Swing, le film de Tony Gatlif (sorti en 2002), contribua à élargir son audience auprès du grand public, chacune de ses apparitions fait événement (comme celle, plus récente mais non moins étonnante, dont nous gratifient Les Fils du Vent, documentaire de Bruno Le Jean). De la Chope des Puces et des cafés de Strasbourg aux grandes scènes qu’il fréquente aujourd’hui, en passant par l’Allemagne, où il se produit à la fin des années 70 (Hot Club da Sinti, 1979), et le Japon (où il est allé quatre fois), l’homme marque son sillage d’une pluie d’étoiles qui parfois se transforme en traînée de poudre… Haut en couleurs, le personnage cultive en effet le paradoxe. Parangon du style alsacien, il est pourtant né à Belleville ! Incarnation de la virilité guitaristique, il place au-dessus de tout la sensibilité, l’émotion et la vibration qui vient du cœur. Ainsi va Tshavolo, musicien funambule et artiste sans filet. 

 

 

 

 

Samy Daussat guitare, direction artistique

Tchavolo Schmitt guitare  

Marie-Christine Brambilla chant

Jean-Yves Dubanton guitare et chant 

Claudius Dupont contrebasse

David Georgelet batterie 

Benoit Lebrun saxophone ténor et flute

Seb Regreny guitare basse Fred Decharco guitare électrique

Jean-François Raimbault ingénieur du son

 

                              Le rock'n'roll est t-il soluble dans le jazz manouche ?

 

 

        Le rock’n’roll est-il soluble dans le jazz manouche ? La question pourrait tourner au dilemme (après tout, ne serait-ce pas l’inverse ?), si à ce défi faussement bonhomme, Samy Daussat n’apportait de savoureuses réponses.

        En maître-queux avisé, notre homme se garde bien, en effet, de « cuisiner l’anecdotique », écueil le plus tentant en pareille situation. C’est ici que le choix de l’angle et de la perspective apparaît décisif. En revendiquant sans complexe ce répertoire « yé-yé » peuplé de tubes (versions originales ou sous-titrées), parfois avec un brin d’ironie (puisque Gainsbourg et Nino Ferrer y trouvent aussi habilement leur part), Samy fait travailler l’imaginaire, fouillant les recoins de nos mémoires, frappant au bon endroit.

        Bien qu’il ne dédaigne pas décocher ici et là quelques flèches guitaristiques particulièrement affûtées (à commencer par le « Yeh Yeh » d’ouverture), le leader distribue généreusement les cartes, apprêtant les couleurs (guitares, flûte, saxophone, contrebasse, batterie…), osant l’insolite et l’évidence (la joyeuse chorale de « Nouvelle Vague », les claquements de doigts de « Be-Bop-A-Lula », l’électricité de « Toujours un coin… »), permettant à chacun de donner de la voix. Laissant libre cours, par exemple, à celle, délicieusement acide, de Jean-Yves Dubanton, ou à la nostalgie chaleureuse de Marie-Christine Brambilla. Grand ordonnateur, l’archer ne manque pas non plus d’atteindre sa cible, jaugeant le juste équilibre, distillant le bon groove, ramassant à chaque fois « le lieu et la formule », la main heureuse…

Pour parachever l’entreprise, Samy s’est assuré le concours de l’immense Tchavolo, qui plus qu’un simple invité, se révèle ici un véritable partenaire. Le Manouche et le rock’n’roll… Qui l’eût cru ? Mais écoutons plutôt notre Tchavolo : « J’avais dans les douze-treize ans… Il y avait mon défunt frère Loulou (un fan d’Eddy Mitchell) à la guitare et au chant, Gogo à la batterie et au contrechant, et moi. On jouait pour nous, pour s’amuser. Quand on était arrêtés vers Paris, les filles venaient frapper à la porte de la caravane, elles voulaient qu’on les fasse danser. On jouait des trucs d’Eddy, des Chats Sauvages, du Elvis, du Vince Taylor, du rockabilly, tout ça… ».

        Alors, phagocyté par le rock, l’idiome manouche ? Nullement… Affaire de sang, et d’énergie. De cœur. Et de mémoire. En pimentant sa musique, Daussat est parvenu à lui donner une saveur inédite. N’en déplaise à ses plus irréductibles réfractaires (s’il en reste !), cette « nouvelle vague » affiche décidément une bien belle tenue.

 

Max Robin

 

Dédicace D'Eddy Mitchell

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